Lac de Bow : ce matin où le Canada s'est réveillé autrement
- 10 févr.
- 4 min de lecture

Le lac Moraine
(Ou l’image qui représente le Canada.)
Il y a des endroits qui ne demandent aucune présentation. Le lac Moraine en fait partie.
Ce lac à la couleur incomparable, niché au pied de sommets rocailleux recouverts d’une neige brillante presque éternelle, est devenu une image emblématique du Canada. La première fois que je l’ai vu, en 2017, j’ai compris pourquoi. Les émotions étaient grandes. Trop grandes pour trouver les bons mots.
Cinq ans plus tard, de retour dans les Rocheuses canadiennes, une seule idée me trottait dans la tête : le revoir.
Surprise. Pour des raisons de conservation, le lac Moraine n’est plus aussi facilement accessible qu’avant. Les visites sont maintenant limitées, les quotas stricts, et les réservations doivent se faire à l’avance, en ligne ou dans un centre d’information touristique.
Résultat : demi-tour.
Bredouilles.
Sur le moment, la déception est bien réelle. Puis, très vite, j’essaie de me convaincre que c’est peut-être un mal pour un bien. Après tout, protéger un endroit aussi fragile est essentiel. Et parfois, les plus beaux souvenirs naissent justement quand les plans changent.
Nous décidons donc de nous rendre au centre d’information touristique de Field, en quête d’un plan B.
C’est là que nous rencontrons le personnage. Chemise vert foncé, pantalon beige rempli de poches, lunettes rondes. Le scout de film par excellence. J’adore. Rien que sa présence me met déjà dans l’ambiance. Pendant près de vingt minutes, il nous partage ses randonnées préférées dans le parc national de Banff, avec l’enthousiasme de quelqu’un qui connaît ces montagnes par cœur.
Parmi toutes ses suggestions, une attire particulièrement notre attention : le lac Bow.
Une randonnée facile, sans dénivelé important, un peu moins de dix kilomètres. Le genre parfait à faire tôt le matin, avant l’arrivée de la foule, avec en bonus une promesse que j’aime particulièrement : un café chaud à la fin.
Le lendemain matin, à 7 h 30, nous arrivons dans le vaste stationnement encore complètement vide. Le silence est presque total. Nous mangeons nos toasts non toastées (ok, notre pain) au beurre de peanut, emmitouflés dans nos couches de vêtements, puis nous nous dépêchons de commencer la marche. Le soleil est déjà là, mais en montagne, à cette heure-ci, il fait frette. Très frette.
Nous avançons sans trop savoir où débute réellement le sentier. Nous contournons le café au toit rouge encore fermé — que nous avons déjà très hâte de retrouver — puis finissons par repérer le début de la randonnée. Une pancarte indique : 4,6 kilomètres jusqu’aux chutes, source du lac.
Mais attends.À peine quelques pas plus loin, je m’arrête déjà. Puis encore. Et encore. Impossible de résister.
À cette heure matinale, le lac n’a pas encore pris sa couleur bleu éclatante que l’on voit sur toutes les photos. Il est plus doux, plus calme. Ses eaux parfaitement immobiles créent un miroir naturel, doublant les montagnes sous une lumière orangée délicate. Le genre de scène qui donne l’impression d’arriver avant tout le monde.
Photo, marche, photo, marche… photo, photo, photo plus tard, nous nous éloignons tranquillement du lac et suivons la Bow River, qui nous guide vers le glacier. Nos yeux balayent constamment les alentours. On ne sait jamais quel animal pourrait surgir pour venir grignoter les fleurs sauvages colorées qui bordent le sentier.
Plus tôt ce matin-là, sur la promenade des glaciers (la route reliant Banff à Jasper) nous avions été incroyablement chanceux d'apercevoir une biche et deux ours. Ici, cependant, la faune se fait discrète. Pourtant, cette vallée qui s’enfonce vers la montagne est réputée pour l’observation des animaux, comme nous l’avait mentionné notre scout improvisé la veille.
Le sentier devient légèrement plus vallonné, avec quelques petites montées et descentes, jusqu’à ce que nous atteignions les Bow Glacier Falls. L’eau s’écoule doucement, presque timidement, sous la lumière du soleil qui commence à réchauffer l’air.
Nous nous installons sur un rocher, simplement pour regarder, écouter, respirer.
Honnêtement, la plus belle partie de la randonnée reste celle du début. La première heure, quand on contourne le lac et qu’on l’observe sous tous ses angles.
Est-ce que je te conseille quand même de te rendre jusqu’au bout ? Sans hésitation. Parce que ce qui se cache derrière la beauté d’un lac de montagne, c’est sa source. Et la voir, là, devant soi, donne tout son sens au paysage. C’est un peu comme découvrir les coulisses d’un décor déjà spectaculaire.
C’est aussi l’occasion de se retrouver réellement seul avec la nature. Beaucoup de visiteurs se contentent de quelques photos prises depuis le stationnement avant de repartir. Toi, tu fais plus que regarder. Tu marches, tu observes, tu ressens. Tu ne repars pas seulement avec des images, mais avec des souvenirs.
Distance : 9,2 kilomètres
Élévation positive : 266 mètres
Difficulté : Facile
Temps à prévoir : Entre 2 et 4 heures
Recommandation : Faire cette randonnée tôt le matin pour éviter la foule en milieu de journée.
Situation : Dans le parc national de Banff, en Alberta, sur la promenade des glaciers. Voir ici.
Parking : Un stationnement et le bord d'une route regroupant une 60e d'espaces directement sur place se remplissent assez tôt le matin.

Sur le chemin du retour, de plus en plus de gens croisent notre route. Je remercie intérieurement mon alarme matinale. Le calme du lever du jour laisse place à une toute autre ambiance.
Le soleil est maintenant haut dans le ciel, et le lac s’est transformé. Son bleu éclatant est digne des plus belles cartes postales du Canada.
Nous faisons beaucoup moins d’arrêts, le café-récompense nous motive, et rejoignons rapidement l’établissement au toit rouge.
C’est assise au bord du lac, un petit café filtre bien chaud entre les mains, que se termine cette randonnée.
Un plan B devenu l’un des plus beaux souvenirs de ce voyage.









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