7 kilomètres de méditation sur les plages de Puerto Escondido
- 17 janv.
- 5 min de lecture

Encore bousculée par mes sentiments de solitude d’hier soir, j’ai décidé de retourner la situation le lendemain matin, les pieds enfouis dans le sable chaud de la plage de Zicatela.
Laisse-moi te remettre dans le contexte.
Je suis arrivée à Puerto Escondido en fin d’après-midi et j’ai vite compris que La Punta, le quartier où je loge, vit au rythme des fêtes et des rencontres. Partout autour de moi, des jeunes jouent au volleyball, rient et boivent des bières au coucher du soleil.
Et moi… je me sens seule.
Pourtant, je ne veux qu’une chose : calme, paix et solitude.
Mais cette solitude me pèse. Est-ce qu’on me regarde ? Se demande-t-on si j’ai des amis ? Si j’ai une vie ? Si je suis anti-sociable ? Ai-je vraiment ma place ici ?
La pression est invisible, mais elle serre ma poitrine.
Alors, le lendemain matin, je prends une décision. Au lieu de rester enfermée ou de stresser sur ma serviette de plage, je me lance la mission de parcourir la plage de Zicatela d’un bout à l’autre, découvrir ses ambiances, ses secrets et changer mes idées noires en petites aventures.
Une balade qui allait, je le l'espérais, transformer ma solitude en un moment de liberté.
Détails du voyage à la Punta, Puerto Escondido
Quand visiter : Janvier à avril ou novembre et décembre
Comment s'y rendre : En taxi de l'aéroport de Puerto Escondido pour 200 pesos ou en taxi de l'aéroport de Huatulco pour 2000 pesos
Quoi faire : Profiter de la plage de la Punta, marcher sur la longueur de la plage de Zicatela, regarder le coucher de soleil, faire du surf, faire les boutiques sur la Alejandro Cardenas Av.
Hébergement : Real Juquilita, très bien situé et magnifique couché de soleil de la terrasse
Où manger : Nativo pour des plats locaux, Malagua pour des brunchs tendances
Où prendre un café au lait végétal : Malagua cafe, Cafe Ole, La Pebeta
Depuis l’extrémité sud de la plage, je distingue, tout petit et flou au loin, le bout de sable. La plage, courbée, semble plus animée de l’autre côté avec des maisons à flanc de falaise, des parasols, peut-être même des bateaux. Je me demande si j’irai jusqu’au bout ou si je ferai demi-tour plus tôt. Pas de pression.
Avec ma sacoche légère en bandoulière, les sandales dans la main et mes pensées qui s’agitent, je me mets en marche. Mon but : atteindre ce bout de plage, à 3,5 kilomètres devant moi.
À La Punta, au sud, le décor est sauvage. De gros rochers dévient mon chemin, de petits cailloux me font ralentir. J’admire leurs formes, leurs couleurs, leurs textures, et je réalise que l’art est partout, même créé par la nature. J’ai laissé ma grosse caméra à l’hôtel, mais je garde mon téléphone en main, prête à capturer tout ce qui éveille mon imagination.
Un énorme rocher semble lourd, mais il tient pourtant entre deux falaises comme par magie. L’eau bleue s’infiltre par une arche naturelle, et une algue éclatante ondule avec grâce, comme des cheveux sous le courant.
J’adore cette section de la plage. Je pense même que c’est ici que je passerai le reste de ma journée, une fois ma mission accomplie.
Sortie de ce coin tranquille et paradisiaque, les surfeurs animent la plage à quelques mètres seulement, créant une ambiance vivante, mais jamais désagréable. Professionnels ou débutants, assis de chaque côté de leur planche, ils partagent ce moment au large. Sur le sable ferme, leurs conversations se perdent sous le fracas des vagues. Un instant intime, réservé à eux seuls, une bulle que seuls ceux qui s’aventurent en mer peuvent toucher.

Plus je m’aventure vers le nord de la plage, plus la vie disparaît. Je marche longtemps sans croiser personne qui se fasse bronzer ou baigne. Cela me force à observer autre chose que les gens : les détails autour de moi, les textures du sable, les reflets de l’eau, la danse des vagues. La plage sauvage et presque désertique m’offre enfin un espace pour penser à autre chose qu’à mes angoisses.
Après plusieurs minutes de marche, la chaleur me frappe. Les vagues, énormes et éclatantes, m’impressionnent tellement que je n’ose pas m’y jeter. Je comprends pourquoi cette plage est prisée des surfeurs expérimentés et redoutée pour sa dangerosité. Je me contente donc de tremper mes pieds jusqu’aux genoux et de m’arroser le corps avec les mains. L’eau est fraîche et vive, chaque vague plus grande que moi. Lorsqu’elles se brisent quelques mètres plus loin, leur vacarme et leurs éclaboussures me font reculer, un mélange de frisson et de respect pour la mer.
Je me fais sécher au soleil avant de remettre ma jupe, puis reprends ma balade. Sur mon chemin, je remarque quelques restaurants de plage et des hôtels avec des transats. Pourtant, avec la taille immense de la plage, j’ai encore l’impression que moi et ces quelques personnes qui marchent en sens inverse sommes les seuls ici.
Après avoir longtemps admiré les vagues se jeter dans la mer, mon regard se pose sur ce qu’elles ont laissé derrière elles sur le sable. Une fois de plus, j’ai l’impression d’observer une œuvre d’art géante. Au fil de mes pas, des lignes ondulées dessinent mon chemin : le sable mouillé, foncé, tracé comme le rebord d’un nuage, puis le sable sec, plus clair. Même les couleurs semblent pensées par cette artiste qu’est la Nature.

J’ai de nouveau très chaud, le soleil me frappe de plein fouet. Je regrette mes lunettes, perdues quelques jours plus tôt à Mazunte, emportées par une vague…
Avant de replonger, je décide d’attendre. Trop de bateaux accostés ici, petits et colorés, pour des pêcheurs locaux. Après une heure de marche, je rejoins enfin le bout, le centro de Puerto Escondido. La plage est bondée… mais pas de touristes. Elle est remplie de bateaux, d’activités nautiques et de chaises à louer.
Quelques étrangers se font bronzer, mais la plupart sont des groupes de locaux vaquant à leurs occupations. Le nord de Zicatela semble prêt à accueillir le tourisme de masse, et pourtant, aujourd’hui, tout est calme.
À chaque pas, j’ai la sensation d’être observée. Achètera-t-elle mes fruits ? Veut-elle une chaise longue ? Que fait-elle ici ? Je me surprends à me demander ce que chacun pense de ma présence. Et malgré ces pensées, je ne me sens pas menacée. La plage est sûre. L’ambiance est simplement différente de celle du quartier où j’ai choisi de loger. Et je ne regrette pas mon choix.
Sur le chemin du retour, la fatigue me rattrape (la vie à la plage, ce n’est pas de tout repos !). Je déroule ma serviette et m’allonge, laissant le soleil et le vent me recharger avant de trouver la force de marcher jusqu’au début de la plage. Ce petit coin isolé restera, je le sais, mon préféré.
...
Voyager seule est incroyablement enrichissant, à condition de se trouver au bon endroit, avec le bon état d’esprit. Parfois, pour des raisons évidentes ou non, le mental prend le dessus et sabote quelques minutes, heures, voire journées entières du voyage.
Premièrement, accepte d’avoir le droit de ressentir toutes les émotions, quelles qu’elles soient.
Deuxièmement, trouve un moyen de retourner la situation et d’y voir de la lumière.
J’avais envie d’être seule, mais je me sentais trop isolée, démoralisée. Alors j’ai organisé un rendez-vous avec moi-même, le lendemain matin, sur la plage.
Sept kilomètres à marcher, à m’activer. Sept kilomètres à créer, en photographiant chaque petit détail qui m’inspirait. Sept kilomètres à respirer l’air frais de la mer. Sept kilomètres à méditer, à ne penser qu’à ce qui se trouvait sur mon chemin.
Crois-moi, cette bière que j’ai bue seule au coucher du soleil ce soir-là n’a jamais été aussi agréable. Après cette matinée ressourçante, j’étais fière d’être pleinement seule avec moi-même… même entourée de jeunes qui festoyaient.



























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